UNION EUROPÉENNE - QUO VADIS ?
LETTRE EUROPÉENNE DE LA SOCIÉTÉ EUROPÉENNE COUDENHOVE-KALERGI, Volkmar Hierner, Counceiller Coudenhove-Kalergi, Bruxelles
Ces dernières années, le nombre d’Européens se disant favorables à l’Union Européenne a augmenté de manière lente, certes, mais constante. On peut en conclure qu’aux yeux des citoyens de l’Union celle-ci est considérée bénéfique et mériterait d’être approfondie. Dans la réalité, les choses n’évoluent malheureusement pas toujours dans ce sens. Il est étonnant de voir à quel point certaines élites et des responsables politiques nationaux ont du mal à s’intégrer dans un ensemble plus large. En effet, plus de la moitié des pays membres de l’Union européenne n’existent dans leur forme étatique actuelle que depuis la fin de la première guerre mondiale il y a cent ans. Au cours de la longue période historique qui a précédé, ces « états nations » faisaient partie d’un ensemble étatique plus large. On pourrait donc se dire que conférer davantage de souveraineté à l’Union Européenne ne devrait pas être si compliqué. Or, tant que des responsables politiques continueront de se présenter aux élections nationales sous le slogan « Nous récupérons certaines des compétences confiées à Bruxelles » avec des chances d’être élus, il faudra se contenter d’une Union Européenne réduite à sa plus simple expression et sans pouvoir de contrainte.
On se demande bien quelles compétences ces responsables politiques comptent retirer à Bruxelles, les compétences actuelles s’avérant déjà trop peu nombreuses. Ce paradoxe se reflète bien dans le budget de l’Union. Son élaboration est à chaque fois une véritable lutte acharnée, chaque dixième de pour cent faisant l’objet d’un long marchandage entre les états membres. Leur contribution n’équivaut qu’à environ un pour cent de leur produit intérieur brut. À titre de comparaison, la part fédérale du total d’impôts des états-Unis représente vingt pour cent ! Si l’on veut que les institutions européennes mettent en œuvre de vraies stratégies géopolitiques, il faut leur en donner les moyens adéquats.
Les nombreux chantiers de l’Union Européenne demandent d’être traités. Après les élections de 2019 la composition des institutions européennes a offert un triste spectacle . Cela fut une grossière erreur de renoncer au principe qui voulait que le nouveau président ou la nouvelle présidente de la Commission Européenne soit nommé(e) par une majorité démocratique des membres du Parlement Européen, comme cela était prévu initialement et comme c’était le cas lors des élections précédentes. En 2019, cette décision a été prise par le Conseil Européen – c’est-à-dire l’institution qui réunit les chefs d’état et de gouvernement des pays membres – au beau milieu de nombreuses querelles politiques. Il s’agissait là d’un affront vis-à-vis des électeurs européens et d’un retour en arrière en matière de démocratie, qui empêche les citoyens de l’UE de se sentir réellement européens.
Sur la scène politique internationale, l’UE fait figure de colosse aux pieds d’argile et n’est pas prise très au sérieux. Le Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Union ne jouit que de compétences très limitées et ne peut pas parler d’une seule voix, il doit se concerter avec 26 (!) ministres des affaires étrangères des pays membres. Parfois, il arrive même que les états membres aient des intentions diamétralement opposées en matière de politique étrangère, ce qui ne fait que renforcer l’impression selon laquelle l’UE éprouve un manque de détermination. En ce qui concerne les grandes questions de la politique mondiale, l’Union Européenne hésite à prendre position et donne l’impression de n’avoir aucune influence et d’être incapable d’accomplir quoi que ce soit de réellement important. Ce manque d’efficacité se répercute fortement sur Frontex, l’Agence Européenne de garde-frontières et de garde-côtes, qui n’a qu’une influence limitée, bien qu’elle doive jouer un rôle décisif dans la question migratoire. Dans ce contexte, il faudra également qu’une armée européenne soit créée un jour si l’on veut faire avancer l’intégration européenne. Cela permettrait non seulement de renforcer l’UE sur le plan géopolitique, mais aussi de réaliser de véritables économies.
Une autre faiblesse bien connue de la Commission Européenne réside dans le fait qu’elle ne contrôle pas de façon efficace la manière dont les ressources sont utilisées. Elle ne vérifie que de manière bien trop superficielle l’utilisation correcte des importants moyens financiers alloués à des projets au sein de l’UE et surtout à l’aide au développement. Nombreux sont ceux qui soupçonnent que des fonds ne soient détournés, et ce, en toute impunité. Un autre chantier: Les états membres ne doivent pas forcément avoir des régimes fiscaux uniformes, mais ils devraient au moins être obligés de respecter certaines conditions minimales sans trop d’écarts d’imposition respective. Cela éviterait que certains états ne subissent une concurrence déloyale inutile et soient défavorisés.
Les « contributeurs nets » parmi les états membres s’estiment constamment lésés, mais ne s’interrogent pas sur les raisons de ce statut particulier. Ils sont contributeurs nets parce que leur produit national est supérieur à la moyenne des pays membres. Il est de notoriété publique que ce sont eux qui ont le plus bénéficié de leur appartenance à l’Union, car elle leur a donné accès libre au plus grand marché unique au monde sans droits de douane.
Au sein du Conseil Européen, trop de décisions se prennent à l’unanimité et trop peu à la majorité des voix. Ce principe de l’unanimité est un véritable frein qui provoque d’interminables débats entre les états membres et les forcent à faire des compromis de nature minimale alors même que les enjeux sont parfois insignifiants. Ce principe est tout sauf démocratique, démocratie ne fonctionne pas sous la contrainte d’unanimité.
Le seul moyen de faire progresser l’intégration européenne est de renforcer son caractère démocratique. L’Union Européenne a besoin d’un Parlement Européen qui façonne l’avenir de l’Union de manière démocratique. Tout pays qui souhaite devenir membre de l’UE doit impérativement garantir une vraie démocratie et la séparation des pouvoirs. Ces principes doivent également s’appliquer aux niveaux supérieurs des institutions européennes. Lors de la création et des premiers élargissements de l’UE, il était nécessaire que le Conseil Européen regroupant les gouvernements des états membres ait une position prédominante. Plus de 60 ans après la création il est enfin temps que les compétences centrales en matière de prise de décision soient confiées au Parlement Européen.
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